Le 13 mars dernier, trois jeunes doctorants peuvent être fiers d’avoir été sélectionnés pour la finale régionale du concours de vulgarisation scientifique Ma Thèse en 180 secondes, organisé par France Universités, le CNRS et le Collège doctoral des Pays de la Loire, prévue le mardi 7 avril à Nantes. Derrière l’exercice des 180 secondes, se cache un travail très exigeant. Ils ont tous les trois accepté de répondre à nos questions.

Rendre accessible sans trahir : l’équilibre fragile de la vulgarisation
Pour les trois lauréats, un constat s’impose : vulgariser, ce n’est pas simplifier sans perte, mais choisir ce que l’on accepte de laisser de côté.
Eugénie, dont les recherches portent sur « l’impact de la chirurgie bariatrique maternelle pré-conceptionnelle sur les fonctions cardiovasculaire et hépatique des mères et de leur progéniture », a du renoncer à évoquer une partie de son travail : la fonction cardiovasculaire. « C’était presque ma préférée », confie-t-elle, illustrant la frustration inhérente à cet exercice de condensation extrême.
« La vulgarisation n’est pas non plus quelque chose de très facile, parce qu’on apprend à être rigoureux pendant notre formation, alors il faut se défaire de cette rigueur, tout en restant le plus « vrai » possible dans le texte qu’on a écrit », souligne Eugénie.
Même difficulté pour Susie Rousseau, confrontée à un dilemme : expliquer le fonctionnement technique de son système de captation ou en poser d’abord les enjeux.
« Le plus compliqué à simplifier était sur l’explication du dispositif de mon système. Au quotidien, mon travail est d’exploiter ce système donc c’est sur quoi j’avais envie de développer. Seulement, avant d’expliquer comment fonctionne le système, il fallait justifier quel problème il résolvait. Et ça prend déjà une bonne partie des 3 minutes ! », explique-t-elle.
Nathan Cronier, qui travaille sur la caractérisation de la marche chez le patient vasculaire, a du aller jusqu’à transformer des termes médicaux précis en images parlantes. Les « sténoses » et « occlusions » deviennent ainsi des « bouchons », une simplification assumée mais non sans tension. « C’est réducteur, mais nécessaire », explique-t-il.
Un exercice déstabilisant, mais unanimement formateur
Pour Eugénie Testa, cette expérience lui permet, en plus du reste, un travail de fond sur la prise de parole. Susie Rousseau évoque quant à elle la contrainte du format : impossible d’improviser comme à son habitude. L’écriture d’un script devient incontournable, au prix d’un certain inconfort initial. Nathan Cronier dit « adorer » cet exercice, notamment pour l’effort de structuration qu’il impose.
« J’adore cet exercice. Il est assez exigent à l’écriture, parce qu’on doit faire des choix, simplifier, et vraiment se creuser la tête pour rendre la présentation à la fois claire et agréable pour le public », confie Nathan.
Tous saluent l’accompagnement reçu par Maéna Gérault et Yannick Very, tant sur l’écriture que sur la mise en scène, ainsi que la cohésion du groupe.
Au-delà du concours, tous y voient un entraînement précieux en vue de leur soutenance de thèse, prévue à l’horizon 2027.
Une même volonté : faire comprendre la science sans la dénaturer
Eugénie Testa insiste sur une idée encore mal comprise du grand public :
« Ne rien trouver, c’est aussi un résultat ». Une phrase qui résume à elle seule une réalité fondamentale de la recherche.
Nathan Cronier ancre sa démarche dans le concret, en puisant ses métaphores dans son quotidien, entre pratique du trail et conseils donnés à ses patients. Une manière de relier directement la science à l’expérience vécue.
Susie Rousseau, enfin, évoque une ouverture nouvelle vers la médiation scientifique, signe que l’exercice ne se limite pas à une performance ponctuelle, mais peut transformer durablement le rapport à la transmission.
À travers leurs parcours et leurs choix, ces trois lauréats donnent à voir une science en mouvement, faite de compromis, d’engagement et de pédagogie. Leur défi n’est pas seulement de convaincre en trois minutes, mais de créer un pont entre le monde de la recherche et celui du grand public.
Rendez-vous en avril à Nantes pour la suite de l’aventure !


